Pierre Morvilliers

auteur

 

Extrait de Aller sans retour pour Tanger :

 

 

Elle, elle n’était ni l’un ni l’autre ; elle était ma princesse. Depuis le jour où elle est arrivée chez nous, on ne s’est plus quittés. C’est comme si on s’était trouvés après s’être attendus depuis toujours. C’était la plus belle petite chienne qu’on ait jamais vue. Fine, élégante, le museau noir et pointu, le poil fauve et le ventre blanc comme une gazelle. Cette douceur du poil sur le ventre quand elle s’offrait aux caresses, renversée sur le dos, pattes écartées... Et ces yeux de tendresse noisette qui ne me quittaient jamais... Elle avait pour nom Leïlâ.

On partait pour de longues escapades qui duraient parfois jusqu’au soir. Ma mère en devenait folle. Elle jurait par le Prophète qu’elle allait m’enfermer et envoyer cette chienne au diable. Mais chaque jour était un nouveau cadeau de Dieu. Une farandole de jeux, de courses poursuites à perdre haleine, de roulades dans le sable brûlant, de traque aux varans, de longues siestes à l’ombre d’un grand caroubier dont nous avions fait notre abri.

À la maison, elle avait fait de la natte où je dormais, sa couche. Et chaque nuit je m’y glissais contre elle. Je la flattais, elle s’abandonnait. Elle savait trouver les chemins par où me donner du plaisir. Je m’offrais à elle ; elle se donnait à moi. Elle enchantait mes jours ; elle rassurait mes nuits. Heureux, elle me devançait dans mes courses folles. Triste, elle dansait pour moi, afin de consoler mes chagrins d’enfant. Mon Orientale, mon Andalouse, ma princesse. »

 

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